C'est fait, Hadopi 2 est adoptée par le Sénat. Troisième épisode du feuilleton, après les députés socialistes cachés derrière les colonnes de l'hémicycle ; après le camouflet du Conseil Constitutionnel et la mise en garde de l'Europe ; voici la gauche sénatoriale qui se lève contre la loi. Cette même gauche qui avait pourtant voté Hadopi 1. Manoeuvre politicienne ou réelle conviction politique, d'un bord l'autre, il n'est pas évident que l'on s'y retrouve...
Voici donc pour y voir plus clair, les explications de Michel Thiollière (Ump, Loire), le rapporteur de la loi, à lors d'un petit-déjeuner avec la presse quelques jours plus tôt.
N'infligeons pas de double peine à l'économie de la culture a entamé le député qui défend « une évolution de la société » comparable, selon lui, à la lutte contre la violence routière (leitmotiv repris par Miterrand). Le dispositif avait des « trous », reconnaît-il, faisant allusion à la censure du Conseil constitutionnel, et nécessitait d'être perfectionné. Néanmoins, précise le sénateur, la loi se veut avant tout pédagogique :
La mission de l'Hadopi, la haute autorité, est clairement... la promotion des oeuvres ! Présent dans le dispositif, cet aspect de la loi n'a pas été retoqué pas le Conseil constitutionnel, fait remarquer le sénateur qui ajoute que, de fait, cette mission de l'Hadopi se trouve promulguée.
« Le troisième étage de la fusée », c'est le juge, nous explique-t-on. Avec la riposte graduée, c'était l'Hadopi qui organisait la répression. « Non », a objecté le Conseil constitutionnel : cette prérogative relève uniquement de la justice. Avec Hadopi 2, c'est donc le juge, le pivot du dispositif. À lui seul de décider si une procédure simplifiée avec des peines légères suffit (ordonnance pénale) ou si l'affaire relève de la Cour pénale avec évidemment des conséquences bien plus graves. C'est sur ce point que les critiques de la loi sont les plus véhémentes : les opposants craignent que les « pirates du dimanche » encourent les mêmes sanctions que les contrefacteurs : 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende. En effet, rien dans la loi ne permet de distinguer techniquement l'un de l'autre, la copie d'une oeuvre étant par définition une contrefaçon.